Petit compte-rendu d'une conférence passionnante de Pierre-Gilles de Gennes sur le fonctionnement du cerveau.

J'ai écouté une conférence du plus vieil étudiant de France. A 74 ans, il expose avec un retro-projecteur et des transparents écrits à la main qui glissent sur la vitre. Il parle debout et marche beaucoup (et vice versa). L'oeil pétille. Ses longs bras tracent dans l'air des explications. Le propos est clair. Il a l'air content d'être là. Cet étudiant, tel qu'il s'est définit lui-même, est Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique en 1991. Ce mardi 24 octobre à l'institut Curie (Paris), il tente d'initier une cinquantaine de personnes au "défi scientifique du 21ème siècle" : le cerveau. Après avoir étudié les supraconducteurs, puis les polymères et cristaux liquides (pour lesquels il recevra le Nobel), puis tout un tas de matière molle (mousse, liquide, sable...), le physicien s'intéresse en effet, depuis trois ans, au fonctionnement de la mémoire. Avant d'exposer ses idées et hypothèses sur la façon dont le cerveau retient les odeurs, il brosse à grands traits le portrait de la discipline. C'est limpide sauf qu'il donne peu de références historiques ou bibliographiques. Il ne veut garder que l'essentiel. Tout de même il se permet une petite pique habituelle contre la Big Science, trop gourmande en grosse machine. Pour lui, rien ne vaut les expériences simples, comme celle qu'il mime en présentant des pommes à des bébés et qui a prouvé que les enfants distinguent les nombres 1,2 et 3 mais pas quatre.
La question qu'il essaye lui de trancher est de savoir combien de neurones constituent un objet de mémoire. Un seul ? Tout un ensemble  ? Ou autre chose ? Il penche pour cette dernière solution avec un petit nombre de neurones impliqués. Son modèle, impossible à détailler ici, aurait l'avantage d'expliquer les associations d'idées entre couleurs et odeurs par exemple. Il termine son exposé en traçant des perspectives pour les neurosciences : les implants, les cellules souches réparatrices, l'interaction cerveau-machine. C'est l'occasion d'une nouvelle gestuelle expressive pour expliquer une expérience sur les singes. Sobrement il constate que ces progrès mêlent les peurs et les espoirs ! Et qu'ils vont poser des problèmes éthiques plus redoutables que ceux autour de la reproduction. Il assène cela l'air de rien... Ce détachement du chercheur est un peu dommage.
La séance de questions avec la salle illustre encore la verdeur du savant. Il prend chaque question comme si elle était profonde. Il félicite l'orateur, réfléchit longuement, répond, ose dire parfois qu'il ne sait pas. Il monte les marches pour s'approcher de ses interlocuteurs. Le spectacle continue. Il a le don de faire passer des choses compliquées pour des choses simples, prouvant par là que lui les a bien comprises et digérées.

A écouter :
http://www.curie.fr/home/conferences.cfm/lang/_fr/conference/9.htm