Une exposition au musée national de l'Education à Rouen retrace un siècle et demi d'enseignement et de diffusion des sciences au travers de livres, manuels, cahiers, affiches, objets, expériences... A voir.

Les historiens sont terribles. Ils donnent toujours l'impression d'avoir déjà tout vu dans le passé. Ainsi par exemple du débat sur les sciences à l'école dont on reparle encore ces jours-ci avec l'apprentissage des "fondamentaux" ou le calcul mental. "En 1902, l'absence de sciences à l'école était déjà déplorée", raconte Myriam Boyer, commissaire de cette exposition baptisée le goût des sciences et ...historienne. Sur un panneau, c'est la polémique récurrente sur le rôle de l'image qui trouve un écho dès 1926 dans la bouche d'un enseignant "avec votre cinéma vous abaissez l'enseignement, vous amusez les élèves, vous les déshabituez de l'effort et la leçon magistrale en pâtira". Cette très intéressante exposition ne vaut pas le détour seulement pour cette mise en perspective. On y apprend plein de choses aussi (pêle-mêle dans ce texte) :

- Il a fallu un arrêté pour proclamer l'égalité entre les sciences et les lettres dans l'éducation...en 1902. Une caricature de Daumier de 1830 rappelle ainsi que hors du latin, du grec, point de bac !

- Dans les années 60, la "télévision scolaire" a complété le cinéma scolaire. Elle diffusait en direct des émissions scientifiques (jusqu'à 28 heures par semaine !).

- Pendant l'apogée de la vulgarisation scientifique, il existait au moins un hebdomadaire de science (La science illustrée) (aujourd'hui il n'y a que New Scientist, en anglais).

- A la même période, Tom Tit écrit ses fameux livres de science amusante (rééditer par Larousse fin 2005 !). A ne pas confondre avec une boîte de jeux, la physique amusante, assimilée plutôt à de la magie.

- Les ouvrages de vulgarisation de la fin du 19ème faisaient l'éloge du progrès et valorisaient la science. Leur structure narrative était souvent identique : une promenade, l'histoire d'un objet (une goutte d'eau, une mie de pain).... Quelqu'un qui sait raconte à quelqu'un qui ne sait pas (une fille souvent...)

- Les filles, sur les boîtes de jeu scientifiques ne portent pas la blouse blanche (sauf en biologie).

Quand même, l'expo présente les grandes réformes de l'enseignement :
1882, science obligatoire dans le primaire. L'observation est privilégiée. Ce sera les leçons de choses qui perdureront officiellement jusqu'en dans les années 60. "La routine scolaire fait qu'il y a de moins en moins de pratique. Les leçons de choses deviennent des leçons de mots", précise Myriam Boyer.
1902, grande réforme du secondaire : affirmation du caractère expérimental des sciences et création de travaux pratiques pour les élèves des sections scientifiques du second cycle.
1969, introduction de l'éveil, c'est-à-dire partir des questionnement de l'élève. Le faire "jouer".
1985, rencentrage sur les fondamentaux. Officiellement la science disparaît du primaire (mais pas toujours en pratique)...
1995-96, les sciences reviennent par la base grâce à la Main à la pâte, une pédagogie "d'investigation", basée sur l'expérience mais surtout la démarche scientifique.

Je termine par quelques curiosités :
- Une terrible et authentique férule, en bois, très rare car fragile paraît-il (dans la partie permanente du musée).
- "Mon" microscope de 1974
- Des instruments pour enseignants dont le bâton d'ébonite et sa peau de chat pour expliquer l'électricité statique
- les audioguides sont gratuits !
...

Signalons l'absence de référence à la très belle émission de télévision, C'est pas Sorcier et des magazines Science et Vie ou Sciences et Avenir (la justification est que ce sont des choses qui existent encore et que les gens peuvent voir hors d'un musée) ! Les maths sont absentes car c'est une discipline à part, à l'histoire et au matériel différent.