Le site web de Sciences et Avenir (et hop l'autopromo !) a révélé les résultats décoiffants d'un sondage sur l'attitude des scientifiques vis-à-vis des innovations techniques.
Qui l'eût cru ? Les scientifiques sont des gens comme tout le monde : ils n'aiment pas les OGM, ni les déchets nucléaires, ni les antennes de portables...
On exagère bien sûr (je renvoie au site pour un texte plus sobre) mais quand même : les 2075 membres du Cnrs interrogés par le Cevipof trouvent acceptables à 79% de boycotter des produits contenant des OGM. A 72% de lutter contre l'implantation d'un site de stockage de déchets nucléaires. A 66% de lutter contre l'implantation d'antennes de téléphonie mobile. Et enfin à 43% de détruire des champs d'OGM ! En général, quand de tels chiffres sortent sur les "vrais" gens, il y a toujours quelqu'un pour invoquer l'ignorance et l'obscurantisme des foules. Mais dans ce cas ?!? L'obscurantisme s'est-il propagé dans les labos ? (1)
Heureusement, la forteresse Science a ses défenseurs. En entendant l'auteur de l'étude donner ces résultats, la présidente du Cnrs est montée au créneau (voir la video, vers le tiers du film au début de la discussion avec la salle environ (2)). "Je pense que ce que vous venez de dire c'est que les scientifiques ont le même positionnement que le grand public. En fait, il faudrait comparer les scientifiques du domaine, parce que si vous demandez à un physicien ce qu'il pense des OGM il va répondre comme n'importe qui... Un scientifique ne peut prendre la parole en tant que scientifique que dans son domaine et pour le reste il est un citoyen comme tout le monde".
Passons sur le fait que si les chercheurs sont comme tout le monde, alors justement on a le droit de leur poser les mêmes questions qu'aux autres (ou alors on interdit les sondages fous-fous, ce qui ne serait pas plus mal). Passons aussi sur le fait que justement il ne s'agit pas de "prise" de parole mais de sondage.
Sans doute que si les chiffres avaient été plus faibles, la présidente n'aurait pas réagi de la sorte. En tous cas, d'un seul coup, l'image d'Epinal d'une recherche monolithique, homogène et isolée dans sa tour d'ivoire s'est fissurée.
Ce qui est amusant, c'est que la scène a eu lieu lors d'un colloque, baptisé sciences et société en mutation. Côté mutation, on a donc été servi !
C'est sans doute parce que pendant longtemps les fameux rapports science et société ont été regardés de façon asymétrique, en se demandant par exemple ce que pensent la société de la science. L'inverse était rarement étudié. Cependant, ça change. La vague monte désormais dans ce sens (voir le post sur le livre de Salomon) et oblige les chercheurs à se confronter plus souvent au public et à leurs questions. Un philosophe me confiait que si les chercheurs persistaient à rester enfermer dans leur tour d'ivoire, alors la société se fâcherait... Evidemment cela ajoute une pression supplémentaire sur les épaules déjà bien chargées des chercheurs (publish or perish, course aux financements, conditions de travail précaires...). Et le journaliste pris entre les tenailles du pouvoir économique et du nouveau pouvoir des lecteurs via les blogs se sent comme solidaire devant l'adversité.
(1)En fait de nombreuses études sociologiques ont montré que le "rejet" des innovations techniques est souvent plus fort chez les personnes ayant un niveau d'études supérieures que chez les autres. L'obscurantisme n'est donc pas un argument.
(2)Si quelqu'un sait comment extraire ce bout de video et le mettre dans un format pas trop moche, merci...
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Enfin un sondage intéressant !
par
alasource
le ven 16 mar 2007 13:24 CET | Lien permanent
Commentaires
Re: Enfin un sondage intéressant !
par
Enro
le sam 26 mai 2007 10:27 CEST | Lien permanent
C. Bréchignac est cohérente avec elle-même puisqu'elle déclarait quelques jours plus tard, lors du colloque sur les nanos à la Cité des sciences http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/college/v2/html/2006_2007/conferences/conference_338.htm : "On est tous citoyens quand on n'est pas dans son domaine. Je pense qu'il faut parler de ce qu'on sait, et pas de tout, quand on est scientifique." (2h45'35'') Dernier rempart de défense du scientifique menacé : son expertise... Avec toujours cette haine du profane : "En ce qui concerne le CNRS, et tant que je serai présidente, il n'est pas question de mettre des citoyens dans la gouvernance de la recherche. Ca, c'est un principe de base. La gouvernance, c'est la gouvernance ; les citoyens, c'est les citoyens." Alors elle met qui ? Des anciens chercheurs (comme elle) chargés de "gouverner" au-delà de leurs domaines d'expertise. Bonjour la cohérence !
Sinon, oui, il faut inlassablement répéter que la science n'est pas monolithique, pour arrêter d'opposer la science au reste (la société, les profanes, la technologie, les pseudo-sciences etc.). Je l'ai fait sur les OGM en m'appuyant sur quelques résultats spectaculaires de la sociologie des sciences http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2007/01/07/87 , mais c'est un travail à entreprendre dans tous les domaines ! Rétroliens
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