De la difficulté de pénétrer les "secrets" technologiques des entreprises.
La vie courante d'un journaliste scientifique est plutôt confortable. Vos sources d'informations, pour aller vite la communauté scientifique, appartiennent à un milieu professionnel par construction ouvert, désireux de faire partager ses connaissances et ayant rarement des choses à vendre. Du coup, les obstacles à franchir pour avoir l'information sont généralement faibles. Rien à voir avec les collègues qui suivent les questions de Défense ou d'économie. Mais parfois, ça coince un peu. Ainsi j'attends toujours des réponses de Nokia, Sony ou Freescale... sur leurs produits. Pour un article je m'intéressais aux accéléromètres, ces petites pièces micromécaniques et électroniques qui détectent les "mouvements" dans les airbag, les consoles de jeu ou les podomètres de nouvelle génération. Au CEA, qui les a inventées, pas de problèmes, on m'a tout expliqué. Et comme ils lancent une start-up, Movea, alors ils étaient encore plus contents. Naïvement je pensais que Nokia (qui propose un téléphone qui obéit quand on lui tape dessus) serait fier aussi de m'expliquer sa technologie (et notamment qui fabrique ses accéléromètres). Idem pour Sony qui en met dans les ordinateurs portables et surtout dans la PS3. Mais les services de presse français de ces boîtes étrangères m'avaient averti qu'ils étaient peu optimistes. En effet, j'attends toujours...
Plus drôle est le cas de Freescale, fabricant de semi-conducteurs bien connus (ex-Motorola), qui est un leader sur les accéléromètres. Et bien eux, qui ont répondu à plein de questions, ne peuvent pas me dire à qui ils les vendent !?! L'argument est la confidentialité (et je crois aussi la peur de ne pas conserver un contrat tant la concurrence est rude). Je leur ai proposé de sélectionner un client sympa (sans me dire son nom), puis de lui demander s'il accepterait de communiquer là-dessus. Ils n'ont pas voulu essayé... Nintendo a compris le truc en citant son fabricant, STMicroelectronic, pour sa Wii (mais c'était les premiers et nouveau).
Toutes ces précautions sont un peu étranges car ce n'est pas à proprement parlé du secret industriel : il suffit (a priori comme on me l'a laissé entendre) d'ouvrir les boîtiers pour voir les composants et leur logo (en revanche le secret est à l'intérieur des accéléromètres). Mais évidemment je n'ai pas cassé la PS3, le téléphone Nokia à 300 euros ou le portable Sony à plus de 1000. Si quelqu'un veut bien le faire...
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