Quelques remarques à propos de l'opération campus du plateau de Saclay.

Le journal le Monde du 1er juillet s'est fait l'écho des grandes manoeuvres au sud de Paris pour grappiller les quelques millions de l'opération campus lancée par le ministère de la recherche.

Petite équation : quelle surface simple permet de recouvrir une dizaine de points répartis dans le sud de Paris dont la plus grande distance est de près de sept kilomètres ? Réponse du Monde : un carré de 4 kilomètres sur quatre !?! Je ne sais pas d'où sort ce chiffre (la plaquette publicitaire du dossier de candidature ? L'imagination d'un conseiller zélé qui trouve cela percutant? Une théorie mathématique relativiste qui contracte les distances ?) mais il est visiblement erroné. Entre HEC et l'X on a bien grosso modo 5.5 kilomètres, soit la diagonale du fameux carré. Mais alors on frôle à peine le site du CEA et surtout on n'effleure ni la fac d'Orsay, ni l'IHES. Pire, sur le site du ministère, on découvre que l'Ecole Centrale est aussi dans le projet (donc à plus de 8 kilomètres de HEC)(pour Centrale, je suppose qu'elle doit avoir une antenne dans le coin, sinon je ne comprends pas...(c'est le cas de l'Ensta, par exemple) ! Le "carré" mythique n'existe pas...

Autre détail, la zone serait bordée par l'Yvette et la Bièvre. Sauf que l'Ihes est sur l'autre rive et que la rivière traverse la fac. Sans parler de Centrale...
De même, on s'obstine à parler de plateau alors que la pente est plutôt raide entre la fac et Supelec ou l'X, par exemple ! Quiconque a grimpé de Lozère ou du Guichet au plateau conviendra que l'appellation est abusive. Je crois me souvenir aussi que le campus d'Hec descend pas mal aussi...

Enfin, j'ai tiqué sur un autre point : le nombre d'étudiants. L'article évoque 25000 mais une citation attribue déjà 27000 étudiants à la seule Paris 11. Tout (mé)compte fait, nous sommes plus près de 30000 que de 25000. Pour mémoire le fameux MIT, exhibé en modèle, n'a que 10000 étudiants.

Evidemment ceci n'est qu'un détail. L'essentiel est que je me demande bien ce que tous ces établissements et organisme viennent faire dans cette galère (en fait, ils ont sans doute répondu pour faire plaisir à la ministre et au président). N'oublions pas en effet que l'opération campus est là pour financer la "rénovation" des campus. Or, petite équation. Sachant que 10 projets devront se répartir 5 milliards. Que si le projet sud parisien l'emporte, il comportera une dizaine de sites, combien touchera le campus d'Orsay, notoirement en mauvais état ? Pourquoi une aide à la rénovation pour des acteurs aussi "riches" qu'HEC, l'X ou le CEA ou bien pour d'autres dont les bâtiments ont été récemment construits (L'institut d'optique, le laboratoire CNRS/Thales) ?

On répond que l'objectif est aussi de mettre ensemble des acteurs très variés, de rendre cet ensemble cohérent. Certes on pourrait faire mieux, mais des efforts ont déjà commencé. Une fondation/parc a déjà été créée (Digiteo). Le Cnrs a un laboratoire commun avec Thales. Orsay a des labos à Supelec et à l'institut d'optique. Des chercheurs enseignent ici et ont leur labo là. Si on regarde bien on va trouver quelque part un pôle associant déjà un peu les mêmes. Bref, cette opération vise à masquer les différences, toujours soulignées mais rarement attaquées, entre grandes Ecoles et université. Paris 11 a besoin de moyens pour rénover ses bâtiments et pas l'X, c'est tout ! Croire qu'en multipliant les pseudo projets communs on gommera les différences ou on construira un MIT français est une gentille imposture.

P.S : Si quelqu'un a lu le fameux projet du "plateau de Saclay", je veux bien une copie, pour rigoler un peu (comme le dit l'avertissement de ce blog, parfois je ne travaille pas trop mes billets) ou pour être étonné.