La fameuse Aeres (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) a été pacifiquement envahie par une quarantaine de chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants mercredi 18 mars. Récit*.
Ils n'étaient pas invités mais n'ont pas eu à forcer la porte. Ils ont simplement profité de l'entrée d'un employé pour rentrer et laisser la porte ouverte aux suivant. « Ils », désigne des « chercheurs, enseignants-chercheurs, étudiants, des gens » comme l'indique un tract. Ils profitent du climat de contestation dans les universités et les laboratoires pour s'en prendre à un des symboles de la nouvelle politique de recherche mise en place depuis 2005-2006, l'Aeres. Cette agence est apparue pour évaluer les universités, les organismes de recherche et les unités de recherche. Et visiblement ça ne passe pas. Non pas que le principe de l'évaluation soit refusé, mais parce que cette évaluation ajoute de la « bureaucratie », qu'elle participe de la « mise en concurrence » entre tous les acteurs, et qu'elle incarne un mode de « managment » étranger au monde académique. Les manifestants avaient donc l'intention d'en débattre au coeur même du dispositif. Ils ont refusé un rendez-vous en délégation au profit d'une confrontation large et directe dans le hall d'accueil. Quelques vaillants représentants de l'Aeres (le président était absent) répondent donc debout aux questions. Les quelques fauteuils sont vite occupés. C'est un peu un dialogue de sourds. « Ils remettent en cause notre existence même. C'est donc difficile de discuter », m'explique une responsable de l'Agence. « Sur beaucoup d'autres revendications (moyens, autonomie...) nous ne pouvons rien », poursuit-elle.
Les mots utilisés par l'Agence irritent particulièrement. Il est question d'assurance qualité, de managment de la qualité, de mesure de performance, de logique de résultats, d'optimisation de l'argent public... Ce vocabulaire est étranger au monde académique et trahit le véritable sens des réformes : pilotage accru du système, mise en concurrence généralisée... Mais comme cela n'est écrit nul part les employés de l'Aeres ne comprennent pas. Ils font juste leur travail : « l'évaluation est une chance. Avant la situation n'était pas équitable », a-t-on entendu. « Nous essayons d'améliorer notre méthodologie », a ajouté un autre.
Les manifestants goûtent assez peu aussi le fait que les évaluateurs soient nommés (et non pas élus par leurs pairs). Le mot de « soviétisme » revient de temps en temps. En défense l'Agence rétorque que ses membres sont en délégation de leurs universités et que donc ils appartiennent à la communauté. Sans doute cette « complicité » ou complaisance des acteurs à soutenir un système qui peut causer leur perte explique-t-elle le succès des réformes. Le papillon dans le bocal aime à croire qu'il pourra renverser sa cage. C'est en substance ce que rappelait un peu plus tôt Michel Saint-Jean de Sauvons la recherche à un autre happening, cette fois au laboratoire de mathématiques de Paris 7 (c'était une journée de débats/informations sur les réformes en cours).
Enfin, la méthode d'évaluation a aussi été critiquée. Pour les contestataires elle repose trop sur la bibliométrie et autres indices quantitatifs (lire cet article de Sciences et Avenir). Autre débat impossible : on m'a juré que la bibliométrie n'était qu'un critère parmi d'autres...
Pendant qu'un manifestant concluait la matinée à la clarinette, le cabinet de Valérie Pécresse appelait, affolé, pour savoir si tout allait bien...
*Je sais c'était il y a une semaine... Si j'avais eu le temps j'aurais dû raconter ça sur notre site d'actualités...(un peu différemment tout de même ; cf l'avertissement de ce blog)
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L'Agence de l'évaluation occupée
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le mer 25 mar 2009 22:01 CET | Lien permanent
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