La mairie de Paris a lancé le 2 mars une conférence de citoyens* sur "ondes électromagnétiques, santé, société" dont les délibérés seront connus en juin. Le lancement a incidemment révélé l'inconscient de nos élus.
Anne Hidalgo, adjointe du maire de Paris, a le sourire. "Une nouvelle fois Paris est pionnière avec cette initiative. Elle l'était déjà avec une charte "antennes-relais"". Bravo.
Mais aussitôt le champ du débat se rétrécit. Il ne s'agirait pas que les questions sanitaires fassent oublier la "modernité". L'élue précise donc, "l'ouverture au monde est identitaire à Paris. Les nouvelles technologies ont leur place". Cette petite remarque est tout de même curieuse. Pourquoi les pouvoirs publics devraient donner des gages aux industriels de la communication et les rassurer...
L'inconscient d'un autre élu parle alors. "Il s'agit de lutter contre l'ignorance et la méconnaissance. La suspicion vient trop souvent polluer les débats". Evidemment personne n'est visé mais entre les citoyens et les fournisseurs de service (voire les pouvoirs publiques), d'après vous à qui s'adresse ces accusations "d'irrationalité"** ?
Heureusement, son collègue de la majorité mais Vert, rétablit l'équilibre. "Nous ne voulons pas non plus de dogmatisme". Cette fois à qui pense-t-il ?
L'air de rien, en quelques minutes le décor est planté. Il n'est pas question de s'interroger sur le "sens" du progrès. Les opérateurs incarnent l'idéologie ; les usagers sont des foules ignorantes. En résumé, et en langage plus technocratique, cela donne cette autre phrase entendue pendant ce point presse : "faire cohabiter principe de précaution et modernité". Sous couvert de neutralité des débats, on voit immédiatement que les enjeux sont biaisés par les organisateurs eux-mêmes.
Autre révélation inconsciente. Un confrère demande ce qui sera fait des recommandations du panel et en particulier que fera la Mairie si par exemple les citoyens demandent l'arrêt du Wifi dans les bibliothèques ? "Nous ne pouvons présager de leurs idées mais ils ne demanderont pas l'arrêt du Wifi", répond un autre adjoint. Tout est dit. Les élus attendent des solutions équilibrées ; ils n'imaginent pas de positions "extrêmes". Pourtant sans même évoquer des problèmes de santé, des câbles peuvent par exemple très bien remplacer le Wifi dans les bibliothèques (et en plus à plus haut débit !). L'une des membres du comité scientifique enfoncera le clou sur la tête des élus, "vous devez vous attendre à ce que les recommandations ne soient pas celles que vous attendez !". Un instant en effet, on s'est demandé à quoi ce machin allait servir...
D'autant qu'un autre détail peut surprendre. Paris-la-pionnière doit réviser sa fameuse charte sur les antennes-relais. Or les discussions ont déjà commencé. N'aurait-il pas été plus sage d'attendre les recommandations des citoyens, voire de leur demander carrément leur avis (!) avant de lancer le processus ? A quoi bon débattre de choses déjà ficellées ?
(*)Une vingtaine de parisiens se retrouveront d'avril à juin pendant trois week-end pour se former à ce sujet, écouter et inviter des experts, puis faire des recommandations.
(**)A propos d'ignorance je crois bien avoir entendu ce même élu dire que "les câbles coaxiaux et les fibres optiques" rayonnent aussi... (c'était pour dire que si on se met à tout étudier, on n'a pas fini)
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