A deux mois d'intervalles, les deux leader de la vulgarisation scientifique, Science et Vie et Sciences et Avenir, ont faire leur couverture sur la mécanique quantique (respectivement février 2009 et décembre 2008). Revue de détail, critique et autocritique (!).

Disons-le tout net, avantage à Sciences et Avenir...car vous pouvez encore lire l'article en ligne (ici) !
Plus sérieusement, ces deux dossiers sont en fait complémentaires et méritent tous deux la lecture. Cette coïncidence n'est pas la première. Il y a quelques mois, c'était l'accélérateur de particules LHC qui faisait la Une des deux magazines avec là encore une belle complémentarité. Il est sans doute satisfaisant de voir que la science permet une telle variété de regards.

Les différences entre les deux dossiers (qui ont le même nombre de pages !) se déduisent en fait de la tonalité des couvertures. Comme quoi, le contenu correspond à ce qui est annoncé !

La première différence qui saute donc aux yeux est l'appel à des ressorts d'achat distincts. Science et Vie joue sur le "fantasme" : la mécanique quantique rend fou.
Sciences et Avenir joue sur la "révolution" : vous allez voir ce que vous allez voir.
Bien entendu, ces deux notions sont tout aussi réductrices voire fausses. Une révolution ne se décrète pas et la mécanique quantique marche très bien et est utilisée par tout un tas de chercheurs qui ne sont pas à l'asile. Fort heureusement, ces messages percutants de couverture sont bien plus subtilement traités à l'intérieur.

La seconde différence découle de la première. L'article de Sciences et Avenir insiste sur l'actualité scientifique (nouvelles découvertes, nouveaux débats, nouvelles applications) tandis que celui de Science et Vie paraît plus intemporel. Les fameuses interprétations de la mécanique quantique ne datent pas d'aujourd'hui... L'article principal peut se lire comme une introduction très pédagogiques aux bizarreries quantiques (bien connues maintenant depuis des années).

Une troisième conséquence suit. Science et Vie véhicule une vision philosophique de la science. Sciences et Avenir est plus préoccupé par les applications même si dans le détail nous voyons qu'elles sont loin. En ces temps troublés autour de la politique de recherche, cette vision utilitariste ne manquera peut être pas d'agacer... Rappelons la tarte à la crème de l'histoire du laser pour s'amender.

Pour l'anecdote, signalons au moins trois points communs : l'expérience de Serge Haroche, celle de Nicolas Gisin et les idées d'Alexei Grinbaum se retrouvent dans les deux dossiers. Ce n'est pas un hasard tant ces chercheurs sont incontournables. Notons qu'en quantité de chercheurs cités, Sciences et Avenir arrive largement en tête : en gros 30 à 15 (en comptant dans les deux cas, les têtes chenues, Einstein, Heisenberg and co....). Ceci est dû largement à l'aspect catalogue d'actualités de l'article de Sciences et Avenir et à sa conclusion par une triple interview !(*).

Une question délicate que je ne peux trancher (car trop impliqué) est le niveau de lecture. Quel article est le plus "facile" à lire ? La réponse n'est pas évidente mais la nature du sujet la complique un peu. Ce sont des sujets par essence "durs" qui peuvent être lus par un public "motivé" qui du coup connaît déjà pas mal de choses. Donc il faut aussi apporter des informations neuves à ces lecteurs, qui échapperont alors à des courageux plus profanes. Terrible dilemme.
Les commentaires (publiques ou non (via mon email)) de lecteurs sont les bienvenus !

Pour finir, notons "l'exploit" de Science et Vie : réussir à parler de mécanique quantique sans parler de paradoxe EPR, de cryptographie et d'ordinateurs quantiques ! Chapeau...

(*)Le secret est aussi que, présent à une conférence sur la mécanique quantique, j'ai pu en trois jours attraper la fine fleur mondiale du sujet...