La question a surgit à la suite de la parution d'une étude relayée par Le Monde est critiquée par deux associations, Priartem et Agir pour l'environnement.
Un survol rapide de l'article du Monde du 3 avril nous apprend que le champ émis par une antenne présente un maximum a 280 mètres de la source. Etonnant, non ? Chacun sait que le champ diminue avec la distance (comme l'inverse de distance dans la plupart des cas) et donc est maximum au voisinage de l'antenne. D'où vient donc cette étrange conclusion ?
L'équipe de Jean-François Viel du CHU de Besançon a mené une campagne de mesures inédite pour connaître l'exposition des personnes aux champs électromagnétiques radiofréquence essentiellement utilisée pour les télécommunications (radio, télé, téléphone portable ou sans fil, Wifi...). Elle a recruté 200 volontaires qu'elle a équipé d'un appareil sans écran mais qui enregistre le champ électrique pendant une journée (c'est aussi ce que Sciences et Avenir a fait avec en plus des mesures sur les basses fréquences 50 Hz). Les premiers résultats qu'elle a publiés ont été popularisé par Le Monde (et par Sciences et Avenir mais comme on est mensuel on est sorti après, snif, snif...).
Il ressort qu'effectivement l'exposition maximale due aux antennes (l'appareil permet de faire la différence entre les ondes venant du téléphone et celles venant de l'antenne) est maximale à 280 mètres pour les volontaires "urbains" et à 1000 mètres pour ceux habitants en périphérie.
Accessoirement, il ressort aussi que les antennes radio dépassent plus souvent le seuil de détection de l'appareil que les antennes relais. Mais, alors que c'est une information également polémique (car c'est un argument des opérateurs pour innocenter leurs antennes), Le Monde n'en parle pas...
Les antennes de Besançon sont-elles folles ? En fait, ces résultats (qui n'ont pas surpris l'équipe) s'expliquent par la nature de l'émission d'une antenne. Contrairement à ce qu'on pense, une antenne n'émet pas identiquement dans toutes les directions. Horizontalement, on peut s'en douter car en fait une "antenne" est constituée de trois antennes (qui ressemblent à des boites plastiques rectangulaires plus hautes que larges). Chacun de ces blocs émet dans un angle horizontal de 120 degrés environ ; il en faut donc trois pour couvrir toute une zone.
Verticalement les antennes sont aussi "directives" et émettent le maximum de leur puissance dans un certain cône faisant comme un pinceau directionnel. A une distance donnée, le champ varie ainsi avec l'altitude selon que l'on est plus ou moins dans le pinceau. Du coup au-dessous ou au-dessus de ce lobe principal, le champ peut être plus faible qu'au centre. En particulier (et en théorie, voire en pratique) juste sous l'antenne, l'émission est très faible. Du coup le champ reçu va dépendre non seulement de la distance mais aussi de l'altitude. Il sera maximum par exemple lorsque le "pinceau" touche le sol. C'est l'effet que l'équipe de Viel a observé...
Ces résultats ont plutôt irrité les associations Priartem et Agir Pour l'Environnement dans un communiqué du 7 avril (dont le titre de ce billet reprend une phrase). Pour contester ce lien entre éloignement et exposition, elles ont recensé 500 mesures régulièrement mises en ligne par l'ANFR. Il ressort au premier abord que les conclusions sont inverses :
- les expositions maximales sont plus nombreuses à cause des antennes relais qu'à cause de la radio
- les expositions sont très fortes près des antennes et on n'observe pas de maximum à 280 mètres
Mais ces deux études n'ont rien à voir entre elles.
Jean-François Viel mesure une exposition d'une population représentative pendant 24 heures.
L'ANFR mesure une exposition d'une population particulière (souvent des riverains des antennes justement car c'est à la demande de particuliers ou de municipalités qui suspectent des champs élevés). Les deux échantillons sont donc absolument différents.
En outre ces mesures sont aussi très différentes. Viel a des mesures instantanées (sur 24 heures seulement) ; l'Anfr produit ses résultats selon un protocole qui, à partir de quelques mesures dans un lieu fait une extrapolation à une exposition maximale (tenant compte notamment du fait que les antennes émettent différemment selon la journée...) sur 24 heures. Les chiffres ne sont donc pas comparables.
L'autre différence est que les objectifs sont différents. Viel se pose en épidémiologiste qui cherche à connaître une exposition moyenne par exemple afin de bien cerner les facteurs éventuellement cause d'effets sanitaires. Les associations s'intéressent aux "points noirs" donc aux riverains d'antennes dans le but de contraindre les opérateurs à baisser leurs émissions. Incontestablement, quand on voit les chiffres de l'Anfr, ces points noirs existent. Des champs ont été mesurés qui dépassent largement les 5 V/m, seuil de l'appareil enregistreur. Mais incontestablement aussi, nous ne vivons pas dans un bain d'ondes horrible (comme le montre en somme Viel). D'où un ultime désaccord : les associations se moquent des moyennes, pas les épidémiologistes. Pour résumer ce point, je livre cette phrase prononcée peu ou prou par le comédien Rufus lors d'un point presse plutôt hostile aux antennes : "Allez donc dire à quelqu'un qui vient de se prendre un coup de poing dans la figure, qu'il ne doit pas se plaindre car en moyenne il ne reçoit que des caresses"...
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Les antennes-relais respectent-elles les lois de la physique ?
par
alasource
le ven 15 mai 2009 12:53 CEST | Lien permanent
Commentaires
Re: Les antennes-relais respectent-elles les lois de la physique ?
par
Flender Marc
le mer 20 mai 2009 21:58 CEST | Lien permanent
un point de détail: tu écris que la champ diminue selon l'inverse de la distance. ne diminue-t-il pas plutôt en fonction du carré de l'inverse de la distance ? (propoagation de l'énergie sur une sphère 4.PI.d2 dont le rayon s'accroit)
Re: Re: Les antennes-relais respectent-elles les lois de la physique ?
par
Alasource
le mer 03 jun 2009 14:01 CEST | Lien permanent
Il s'agit bien du champ et pas de l'énergie/puissance. La diminution est donc en 1/d et pas en 1/d2
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